En 2011 sort une chanson écrite par Calvin Harris et co-interprétée avec Rihanna: We found love. Elle devient un immense succès mondial. Le texte parle d’un couple qui a trouvé l’amour dans un lieu “sans espoir”. Un lieu qu’il vaut mieux laisser derrière soi.
Nous avons trouvé l’amour
Des diamants jaunes dans la lumière
Nous nous tenons à présent côte à côte
Alors que ton ombre croise la mienne
Ce qu’il faut pour s’animer/prendre vieC’est comme ça que je me sens
Impossible de nier
Mais je dois lâcher priseNous avons trouvé l’amour dans un lieu sans espoir (4x)
Une lumière brille dans l’ouverture de la porte
L’amour et la vie je séparerai
Se détourner car j’ai encore plus besoin de toi
Ressentir le battement de mon cœur dans ma têteC’est comme ça que je me sens
Impossible de nier
Mais je dois lâcher priseNous avons trouvé l’amour dans un lieu sans espoir (4x)
Des diamants jaunes dans la lumière
Nous nous tenons à présent côte à côte
Alors que ton ombre croise la mienneNous avons trouvé l’amour dans un lieu sans espoir (8x)
Rihanna – We Found Love ft. Calvin Harris, 2011
Texte original
Yellow diamonds in the light
Now we’re standing side by side
As your shadow crosses mine
What it takes to come alive
It’s the way I’m feeling I just can’t deny
But I’ve gotta let it go
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
Shine a light through an open door
Love and life I will divide
Turn away ’cause I need you more
Feel the heartbeat in my mind
It’s the way I’m feeling I just can’t deny
But I’ve gotta let it go
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
Yellow diamonds in the light
Now we’re standing side by side
As your shadow crosses mine (mine, mine, mine)
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
We found love in a hopeless place
La façon dont les deux personnes s’aiment est adroitement caractérisée par le lieu, ou plutôt : en opposition au lieu. Comme une fleur au milieu du désert, le voilà rendu encore plus beau, c’est hyper romantique.
Mais… un lieu “sans espoir” ? Il y a peu d’indications dans le texte quant à la nature de ce lieu : quelques diamants jaunes dans la lumière, et cette musique pressante.
L’auteur semble utiliser a hopeless place pour indiquer tout à la fois un lieu de vie particulier, mais aussi une passe difficile (l’addiction), des conditions de vie, une relation toxique. Il évoque surtout à mon sens un mix de tous ces phénomènes, ou plutôt les liens existant entre eux dans l’imaginaire collectif.
Le clip est plus explicite que le texte, quitte à jouer sur la force symbolique de quelques lieux choisis : la cité, l’usine désaffectée… et peut-être renforcer sans le vouloir une certaine stigmatisation de ceux-ci. En trame de fond, il y a une caricature du quartier “populaire”, “défavorisé”, “pauvre”, “sensible”, “en difficulté”, etc. une série de termes qui, mis côte à côte, montrent à quel point certains quartiers sont définis par les problèmes qu’ils posent, en assignant dans la foulée une identité invalidante aux populations qui les habitent.
Je m’appuie ici sur le travail de Cyprien Avenel, dans son article “La question des quartiers dits « sensibles » à l’épreuve du ghetto” publié dans Revue économique en 2013.
Ni les quartiers, ni leurs populations ne constituent en fait des entités homogènes. Chez les jeunes par exemple on observe une diversité d’origines sociales des parents, de niveaux de diplôme, de nationalité d’origine, etc. Certains sont exclus, d’autres ont un emploi stable. Et chacun a sa façon de vivre, et sa propre stratégie d’évolution dans son parcours de vie.
Il y a dans ces quartiers des liens de solidarité, de la convivialité, des jeunes qui investissent des équipements, créent des associations, élaborent des projets. Il y a des gens attachés à ces lieux.
Surtout, l’auteur démontre que ces quartiers ne sont pas “sans espoir”, au contraire. Ils peuvent constituer une étape utile dans la trajectoire de vie des personnes. Si certaines difficultés -un taux élevé de chômage par exemple- semblent se perpétuer dans ces lieux, la majorité de leurs habitants, eux, ne sont pas figés (une minorité est néanmoins bel et bien empêtrée dans des difficultés, il ne faut pas l’oublier).
Quand la réalité objective d’un quartier évolue (par exemple à travers une action de réhabilitation), les stéréotypes, eux, ont la peau dure. Et ils ne sont pas sans conséquences sur l’attractivité de ces quartiers aux personnes extérieures, aux commerces et aux entreprises; mais surtout ils impactent les personnes qui y vivent, et la relation qu’elles entretiennent avec leurs lieux de vie.
Il est en effet difficile de cultiver une identification positive à un lieu fustigé par les autres. D’après Avenel, “les habitants dénoncent bien plus leur quartier parce qu’ils le stigmatisent que parce qu’ils n’aiment pas y vivre”. Ils se retrouvent à osciller entre rejet et défense des lieux.
Et si le texte chanté par Rihanna n’avait pas évoqué la relation de couple de façon aussi explicite, son “Mais je dois lâcher prise” aurait pu être un merveilleux reflet de cette ambivalence.

Leave a Reply